crabe lili

Comment ça se passe , l'annonce...??


- Et bien c'est très simple:

"C'est un vrai moment de séisme interne, tout se bouscule en nous, plus rien n'a de sens!"

 

« J'ai la tête à l'envers et à l'endroit puis à nouveau sur le coté, à l'envers, oh làlà j'ai la nausée. »

Et pourtant je n'ai pas encore rencontré cette femme qui va me dire distinctement et le plus intelligiblement que je suis atteinte d'une maladie mortelle !

Ma mère est là, à coté de moi, elle joue sur son téléphone qui n'est pas un smartphone, le jeu est des plus rustiques, pourtant elle s'acharne à dégommer des briques pendant que moi... 

- Je ne me souviens plus ce que je faisais à ce moment là, je sais que j'ai observé les personnes autour de moi, beaucoup sont là pour des grossesses, pour des moments heureux, et moi j'attends sagement mon tour pour écouter religieusement ma sentence.

Elle n'est pas en retard, ce que je constate avec joie car il est rare de rencontrer un spécialiste qui n'est pas en retard, ou ne serai-ce pas en avance ! Elle ouvre la porte me regarde, je crois qu'elle n'a même pas prononcé mon nom, elle m'a juste invitée à entrer.

Dans son bureau, on a beau être dans un préfabriqué et bien on se sent bien, c'est fou mais j'aime bien cet endroit.

Je m'assois, ma mère à ma droite.

Commence le verdict, je suis atteinte de trois tumeurs agressives du même coté, sein gauche.

(Ce jour là on m'annonce que le 14 février je passerai au bloc pour une mastectomie et pose de PAC pour commencer, puis s'en suivra les inévitables séances de chimio, puis radiothérapie.)

Je reste muette, interdite face à une telle sanction, dans moins de 20 jours j'aurai un sein en moins, je suis entrée dans le camp des cancéreux ça y est, moi qui cultive mes différences, celle-ci va être un beau trophée !

Je laisse échapper une larme d'émotion et évoque le fait que peut-être faudrait il attaquer très vite la chimio, car cette infâme saloperie était en train de me ronger de l'intérieur, et plus vite on commence à l'affaiblir, plus vite on le désintègre !

Je ne sais si c'est parce que j'ai évoqué cette hypothèse ou parce que c'était le protocole une chose est sure, je n'ai pas été opéré le 14 février, et j'ai commencé ma chimio le 13.

Je me rend compte que cette dame est émue, ou touchée, enfin rien de plus normal, je suis jeune , j'ai un enfant... Mais pourtant elle ne laisse rien paraître, elle n'a pas l'habitude d'être confronté à un cancer jeune même si c'est de plus en plus le cas, les jeunes femmes choisissent pour des raisons qui leur sont propres de partir à Villejuif, à l'IGR, ou à Curie, pour leur prise en charge et majoritairement les femmes d'âge plus avancé préfèrent rester dans un hôpital de province.

Lorsque j'ai décidé de me faire soigner à Fontainebleau tout mon entourage et autre personnes plus ou moins proches m'ont dit de fuir, que c'était n'importe quoi, que je prenais un risque inconsidéré à m'obstiner. Pour moi, les choses étaient claires un boucher à Gustave Roussy ou ailleurs reste un boucher !

J'ai choisi mon bourreau et je n'aurai pas pu faire meilleur choix !

Mon oncologue m'inspire confiance, elle est droite dans ses baskets et ne dévie jamais de sa trajectoire, elle attaque le cancer avec une fermeté qui me fait dire dés le début qu'avec elle je vais gagner ! Elle et moi on est une équipe !

Je travaille au sein de cet hôpital, et je l'ai parfois croisée, mais je n'avais aucune idée qu'un jour ma survie serait entre ses mains.

Sur son bureau se trouve mon dossier qui est déjà assez conséquent et puis elle a déjà préparé une quantité de d'ordonnances ;

_ « Voici l'ordonnance pour une prise de sang 48 h avant la première chimio, voici une ordonnance pour un bilan pré-op, vous avez rendez-vous dans une semaine pour votre pet scann, il me faudra aussi un bilan cardio, et un bilan d'extension avec scanner cérébral.... »

J'entends en gros qu'il est envisageable que je sois envahie...

« Ma tête me tourne à nouveau, à gauche à droite en haut en bas, j'ai le vertige et la nausée ! »

Et puis nous prenons congés. Je crois que ma pauvre mère n'a même pas posé de question tellement tout cela est violent à entendre et à recevoir.

 

Comment s'est passé le retour?

 

Je ne sais plus, je crois que ma mère a pleuré, je crois que je n'ai pas pleuré, d'ailleurs je ne vais plus vraiment pleurer suite à cela, car c'est fou comme les petits tracas quotidiens peuvent devenir insignifiants après un tel KO. 

Ma fille était pendant ce temps gardée par ma grand mère, charge à moi d'annoncer la mauvaise nouvelle à ma grand mère sans qu'à 82 ans elle me fasse un malaise et me perturbe ma gamine encore plus qu'elle ne risque de l'être.

C'est en essayant de garder mon calme que je raconte notre entrevue, c'est à ce moment que plein de questions arrivent dans ma tête..

  • La chimio, n'y a t-il pas une alternative ?

  • L'opération ? Peut-on me laisser mon sein finalement ?

  • Les effets secondaires ?

  • Le PAC ?

  • Mon travail, ma vie sociale ?

  • Combien de temps de traitement ?

  • Ai-je une chance ?....

     

C'est en parlant à ma grand mère que tout remonte, et c'est en verbalisant moi-même le triste diagnostic, que je prends un peu plus conscience que c'est de moi dont il s'agit, en effet lorsque un médecin vous annonce un cancer c'est un peu comme si vous posiez votre cerveau sur vos genoux, plus rien qui se passe à ce moment là est normal, vous bafouiller, vous êtes prostrées, vous êtes muettes ou atteintes de logorrhée, finalement vous n'étes plus vous mêmes, et cela pour un laps de temps plus ou moins important. Moi j'ai reposé mon cerveau à sa place lorsque j'ai du en parler à ma pauvre grand-mère, qui bien-sur m'a dit directement:

-------"ils se sont trompés" ------

Réaction tellement normale.





et puis …

mon corps tremble, puis c est ma voix qui s'y met, je sens que je vais vaciller, je ne me sens pas la force d'affronter tout celà, je regarde ma fille, elle a 5 ans et je lui enlève de son insousciance, je m'en veux de lui infliger celà, je m'en veux d'être malgré moi une mauvaise mère.

Je vais devoir la confier lorsque les effets secondaires seront trop durs et ça me fait mal. Je la confie lorsque je travaille et exceptionnellement durant les vacances, mais là j'ai l'impression que l'on m'ôte un moment privilégié avec elle, ses 5 ans, ses 6 ans...

Je me déteste de penser à tout cela et de me faire plus de mal que de bien, mais je pense qu'il s'agit de la phase ou on prend vraiment conscience que plus rien ne sera comme avant.