"Je sens une émotion me submerger j'ai l'impression que l'on m'arrache les tripes..."

Cela fait quatre jours qu'Elise et moi sommes en Grèce pour ma convalescence et le club n'est vraiment pas à la hauteur de mes espérances.

Élise va au mini club 4h/jour et elle est l'unique enfant, elle a donc une mono à sa disposition, mais elle s'ennuie d'enfants de son âge... Et pourtant des enfants il y en a partout, des slovaques, des polonais, et des grecs !

Difficile dans ces conditions de se faire des connaissances... Il y a bien quelques français, mais dignes de leur réputation, ils ne sont pas très avenants. Pourtant ma princesse joue des coudes pour se faire une petite place au milieu des polonais, je la trouve très brave. 

 

De mon côté, je suis ravie de l'hôtel et de ses équipements!

On est au top !

La chambre donne sur un superbe jardin, où l'on peut écouter les cigales. J'aime beaucoup cet endroit, la plage est géniale et l'eau est chaude et cristalline... Je savoure notre chance, mais car il y a un mais ... Élise m'a prise en photo, en maillot, et je ne peux que constater l'évidence, je suis plus que transformée, je suis bouffie, comme gonflée ! 

Et mon chagrin m'envahit . Je sais je suis en vie et en vacances dans un lieu paradisiaque, mais je suis un être meurtri. 

Il m'est très difficile d'avaler cette transformation, et pourtant je suis la première à clamer le fait de se contenter de ce qu'on a, que le physique ne compte pas, que seule la vie compte !

Les conseilleurs ne sont décidément pas les payeurs...

Et puis ça fait quatre jours que je suis ici désespérément seule, alors oui je suis venue profiter de ma fille, mais j'ai choisi un club pour interagir avec d'autres vacanciers, et bien là ç'est désespérément raté ! 

 

Alors je m'enfonce dans ma dépression de fin de traitement je lui laisse la place pour s'installer, je la laisse m'envahir et me faire monter les larmes aux yeux à table, sur le chemin de la plage, dans le lit ... Avec ma fille endormie contre moi... 

 

Alors je fais une introspection, je suis obligée de chercher à comprendre c'est dans ma nature profonde, tout doit avoir une explication.

Et la réponse me saute aux yeux et au cœur, je suis en deuil... 

En deuil de moi... 

Je suis venue ici mettre un point final à cette aventure, je dois laisser sur le sable de cette plage, au soleil couchant, "moi" , enfin mon "moi" d'avant, l'image de moi, la représentation que j'ai de moi, de ma vie...

Mes espoirs... Mes projets.... je dois laisser tout cela, vider ce gros sac sur le sable et laisser le mouvement de la mer faire son œuvre et emmener loin très loin, "Moi" !

 

C'est dur, ç'est très dur, je croyais qu'en un an et demi de maladie, je serai aguerrie et bien non, je suis toute chamallow...

Je me dis pourquoi ? 

Pourquoi moi ? 

Ne me répondez pas comme ma meilleure amie,

"Pourquoi la leucémie d'un enfant ?, la faim dans le monde....?" 

Lorsqu'il s'agit de malheurs et de souffrances il n'y a pas de hiérarchie ! 

Aujourd'hui je souffre de devoir faire une croix sur l'image de moi, je suis bouffie, je suis emputée, je suis algique H24 je n'ai pas le droit au soleil, je ne dois pas consommer d'alcool, je dois éviter le sucre, bref on est bien d'accord tous les petits plaisirs de l'existence... Mes nuits bien que de plus de huit heures ne me reposent pas, je me réveille aussi fatiguée que la veille.

 

C'est ainsi que mes vacances tant désirées se déroulent, seule avec moi même et mes angoisses.

Le problème est d'accepter, mais comment ?

Je veux accepter car je n'ai pas le choix, mais comment arriver à l'acceptation, quel chemin prendre?

Dois-je pleurer ? 

Mes larmes me montent aux yeux, mais ne coulent pas.

Dois-je lâcher prise? au risque de passer pour une folle en vacances ?

Dois-je crier face à la mer ma colère, ma rage, mon incompréhension, mon chagrin ?

Ou tout simplement laisser les choses se faire, car ça aussi ça passera....

Je pense que je dois accepter que le chemin soit long et difficile, et savourer le fait que la vie me donne la chance de pouvoir avancer, un pas après l'autre en gardant toujours comme objectif la sérénité... 

 Et  profiter de chaque instant, ...