Suite à « ma » chimiothérapie dite néo adjuvante,

(ce terme barbare signifie : avant l'ablation de la tumeur, par opposition à adjuvante, qui est en post tumorectomie.)

Donc après cette chimiothérapie, qui fut extrêmement agressive, afin de juguler l'extension de mes 3 tumeurs qui ne demandaient qu'à faire des petits.

Il fallut penser à la mastectomie.

( Ablation d'un sein.)



Je savais que ce moment arriverai, je savais qu'encore une fois il faudrait faire face, je savais qu'il faudrait accepter. 

Mais lorsque ce jour, étrangement tant attendu, pointe le bout de son nez, il faut bien admettre que c'est dur, se séparer d'une partie de soi, l'envoyer à l'autopsie, c'est quand méme trés perturbant.

 

Toutefois, j'ai pris les choses plutôt bien, enfin à ma façon, avec humour et détachement, mais au fond de moi, j'avais très mal, même si j'avais eu le temps de m'y préparer. 

 

La date fut décidée le 22 août 2017, pile quatre semaines après ma dernière injection de Taxol (produit de chimio).

J'ai profité de ce laps de temps pour partir me ressourcer en Auvergne avec ma fille, ma mère, mes chiens... J'avais décidé d'aller de Super Besse au Mont d'or à pied, en passant par la montagne, ma mére et ma fille ont refusé, au motif que c'était trop... Je ne comprends pas, je suis pourtant une grande sportive.. On s'est rabattu sur la luge d'été et le pédalo ! Beaucoup plus soft.



La veille de l'opération, je dus faire subir un ultime traumatisme à mon sein gauche; des piqûres au quatre points cardinaux pour faire la recherche du ganglion sentinelle, et direct après :

 

 

Admission à l'hôpital.



J'ai confié ma fille à des amis qui ont eu la gentillesse de me la garder durant mon hospitalisation. Pour elle ça reste des « petites vacances » inoubliables et pour moi c’était important qu'elle soit éloignée de tout cela en faisant quelque chose qui lui occupe l'esprit !



Finalement je n'ai eu que peu de temps pour m'attrister. Tout s'est enchaîné, sans problème. J'ai pris ma douche prè-op en ayant qu'un infime regard pour ce sein qui ne faisait déjà plus parti de moi. Je pensais que je pleurerai, mais non, je ne pleure plus et sûrement pas pour un sein qui est malheureusement déjà mort.

Plus tard, bien plus tard, j'ai réalisé que ce sein gauche c'était le premier qu'Élise avait pris juste après sa naissance et qu'ainsi, il était lié à un moment magique de ma vie. Il est immortalisé en photo avec un petit bébé accroché à lui.

C'était son destin de sein !

J'ai bien dormi cette nuit là, ma seule angoisse impossible à refréner, était celle de devoir être curariser... Le commun des patients n'en a que faire, mais moi je devais transférer mon appréhension et ma peur sur quelque chose, ce fut le curare!

Finalement pourquoi pas ? C 'est une peur comme une autre !



Juste avant de descendre au bloc, j'ai pensé à mes amies en vacances, loin, absentes durant ce moment atroce, je leur en ai voulu, je leur en veux encore, elles n'ont vraiment pas été à la hauteur... je n'ai même pas reçu de fleur de leur part... Il est parfois dur de réaliser, qu'elles ne sont pas moi, que ce que je ferai moi, et bien elles ne l'ont tout simplement pas envisagé, car nous avons tous des réactions différentes face au événements... heureusement que je n'ai pas qu'elles ! 

Mais tout cela c'est envolé lorsque j'ai réalisé la chance que j'avais d'être dans un bloc au milieu de personnes que je connaissais et qui me rassuraient même sans me parler leurs regards me couvaient et je me sentais bien.

Je me souviens que la conversation a tourné autour du fait qu'un collègue était parti faire les saisons au Club Med ! J'ai très vite replongé dans mon bonheur d'avoir pu moi même faire une saison, et naturellement j'ai demandé à y retourner lors de mon induction hypnotique.

(Avant l'injection de produits anesthésiques, on nous fait une induction hypnotique cela permet de recourir à moins de produits d’anesthésie et favorise un meilleur réveil.)

L'anesthésiste était derrière ma tête, et me parlait doucement, je suis retournée au soleil, au moment où j'étais en forme, où le cancer était absent de ma vie, j'ai savouré cet instant et puis je me suis réveillée en salle de réveil ! ;-)



Je ne sais pas si cela est vrai ,mais, paraît-il que ma première réaction à mon réveil a été de sourire à mes collègues... 

 (Et j'étais tellement zen durant l'opération que l'on m'a pas curarisée!)

Moi je me souviens de l'anesthésiste qui me soulageait en me faisant une piqûre.

C'était le protocole car je n'avait pas mal du tout. Je me souviens d'être vaseuse mais d'échanger quelques mots avec le personnel présent, et puis je me souviens d'attendre patiemment que l'on me ramène en chambre. 

 

Lorsque l'autorisation fut donnée je pétais littéralement le feu, et étais très zen, qu'elle ne fut pas ma surprise de voir ma mère,ma grand mère et ma meilleure amie en larme à mon arrivée.

M'enfin quelle drôle d'idée ? Je vais bien ! 

(Elles ont eu tout le temps de parler en m'attendant et elles se sont racontées des trucs pas gais, c'est malin !),

En tout cas pour moi c'était génial de les voir, et mon amie.... Je ne la remercierai jamais assez d'avoir été là ce jour là, elle était au bon endroit, au bon moment....

 

Je pu vite manger, et mes deux redons ne me gênaient pas, j'étais comme toujours très à l'aise dans mes baskets, enfin plutot dans mes pantouffles, alors ma chambre s'est vite transformée en « carrefour de la discute », ce que j'ai vraiment apprécié... C'était cool, mais au bout de trois jours j'étais KO et je ne rêvais que d'une chose retrouver mon lit et mon chez moi ! 

Le lendemain de l'intervention on m'ôta mon pansement, j'étais partagée entre l'envie de voir et la peur de vomir. L'infirmière m'a proposée de ne pas regarder,

 

 

j'ai décidé de regarder,

 

 

...et bien franchement je n'ai pas été choquée. Je m'étais beaucoup documentée sur les mastectomies, j'avais vu des photos, j'avais vu les pires résultats alors quand on a une cicatrice droite, nette et peu épaisse, franchement on s'estime chanceuse.

" Je ne vous montrerai pas ma mastectomie, pour moi ce serai comme si je me mettais topless devant tout le monde. J'ai un sein en moins, mais mon torse reste ma féminité, et je ne me dénude pas, je suis pudique ;-)."

C'est la seule raison car je ne suis pas choquée.

Le jour de mon départ c'est à dire trois jours après l'intervention, une dame charmante est venue, m'« offrir » une brassière et me « donner » une prothèse mousse, ce n'est pas un don je l'ai achetée, elle est remboursée par la Sécu. C'est moche, c'est comme si vous vous mettiez une chaussette dans le soutien gorge, mais bon ça permet de faire illusion. Comme elle est légère mon sein naturel était toujours plus bas que ma "chaussette", et mon soutien-gorge remontait...

C'est vraiment une solution d'attente avant la prothèse silicone. Mais il faut attendre la cicatrisation totale pour pouvoir y prétendre, 6 à 8 semaines après l'intervention.





L'hôpital n'est pas un lieu agréable même si tout est fait pour y être bien intégré.

Mes redons les coquins continuaient à donner et je savais que je pourrai sortir qu'après leur ablation, mais comme j'étais en forme et prête au départ, je pu négocier ma sortie avec eux en garde, sachant que je sais les surveiller et que je suis tout proche d'un hôpital, privilège d'être soignante, bref je pu sortir avec mes redons dans un sac cabas ! le ridicule ne tue pas.

 

Et ce n'est qu'une semaine après que je pu les faire ôter, encore un truc qui fit ressortir mon coté doudouille et flipette !

J'ai toujours, toujours, toujours cru que je martyrisais mes patients en leur retirant.

L'infirmière m' a proposée de prendre une grande inspiration et elle tira !

Incroyable je n'ai rien mais alors rien senti du tout !

OK, je vous l'accorde mes nerfs étant sectionnés, difficile de sentir quelque chose dans ces conditions ! Bref une bonne chose de faite et une souffrance en moins !

 

  • La douleur post mastectomie :

 

Je dirai inexistante, rien, Nada!

J'ai eu mal sous l'aisselle car on m'a retirée ma chaîne ganglionnaire, mon ganglion sentinelle était atteint... Sous le bras ça tire mais les séances de kiné et le fait de se bouger diminuent très vite la gêne.

Au tout début j'avais un oedème c'était assez désagréable, je détestais le moindre frottement dessus, mais lorsque ce léger lymphocèle s'est dissipé, spontanément,j'ai été beaucoup, beaucoup moins gênée.

 

  • Conseils :
  • Primo si ce n'est déjà fait, se procurer un coussin d'allaitement, ça soulage vraiment car le maintien du bras fait du bien.

  • Deuzio prendre rendez-vous illico avec le kiné, les séances doivent avoir lieu des le post-op immédiat.

  • Tertio penser à vous crémer, crémer et crémer encore ! Ça évite à la cicatrice de coller aux cotes, ça réduit l'effet « carton » de la peau et « cordon » de la cicatrice. Aujourd’hui, 10 mois et demi après l'intervention ma cicatrice est presque invisible.



 

Allez c'est un mauvais moment à passer, mais il faut encore une fois accepter, il existe des solutions pour que ça ne se voit pas du tout...

Il y a des jours où j'ai la rage, où je me trouve bancale, ou difforme... Et puis il y en a beaucoup plus où je le vis sereinement... j'oublie.

Je dors torse nu, en été je me trimballe en culotte chez moi, ma fille me voit ainsi, ça n'a pas l'air de la perturber... ce qui compte vraiment, c'est que je sois là.

Et puis ma prothèse silicone en société fait parfaitement illusion je vous mets au défi de la deviner sous mes vêtements !

Et puis... un jour viendra, où l'on parlera de reconstruction....